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L’âge d’or du cinéma porno en France, part 3

Dernière mise à jour : 26 févr. 2023

Article publié le 04/08/2016 et mis à jour le 26/02/2023


Le cinéma porno possède son esthétique propre. Pour les uns, c’est un film qui a une histoire, qui réussit à faire monter le désir, où il y a un jeu d’acteur. Pour d’autres, au contraire, l’essence de la pornographie et sa beauté sont d’avoir rendu dérisoires un certain nombre de règles cinématographiques du cinéma standard.

Ceci est mon 3ème et dernier post sur « L’âge d’or du cinéma porno en France dans les années 70 »


Affiche du film Pornacracy de Catherine Breillat

De l’esthétisme dans le cinéma pornographique ?


Le débat est donc ouvert. Certains veulent le faire entrer dans l’histoire du 7e Art. D’autres le voient comme un genre à part.


Le débat est donc ouvert sur le sens esthétique de ce genre.


7ème art ou genre à part ?


Certains veulent le faire entrer dans l’histoire du 7e Art. D’autres le voient comme un genre à part.

Pour la réalisatrice Catherine Breillat avec son film "Pornocracy" , le porno amenait un souffle au cinéma compassé, quelque chose de dévastateur, de vraiment intéressant.

Au début de la vague porno, certains films affichent d’ailleurs de vraies ambitions à la fois esthétiques, économiques, parfois même politiques, anarchisantes.


Sexualité banalisée


Beaucoup de cinéastes croient alors participer à une œuvre de libération. En montrant et en banalisant la sexualité, ils la dédiabolisent. C’est une autre idée du sexe, à la fois joyeux et libérateur, parfois potache lorsque l’on détourne des titres de contes de fées comme ce « Blanche-fesse et les sept mains ».

Aux velléités libertaires se mêle pourtant le goût des bonnes affaires.

Si les cinéastes font mine de brocarder l’establishment cinématographique, la bourgeoisie, ils conservent néanmoins une fascination ambiguë pour ces grands bourgeois.

Le sexe et l’argent sont intiment liés.


En Une de Paris Match : «  La France porno ! »


La Une de Paris Match La france porno

Cette Une de Match arrive alors que Michel Guy a préparé un texte de loi devant être soumis à l’Assemblée Nationale en mai 1975. Ce texte assez équilibré comporte des mesures plus incitatives que coercitives. En catimini, les parlementaires vont rajouter chacun leur tour leur petit amendement. Surgit alors une loi totalement exorbitante sur le plan financier qui instaure un ghetto spécialisé. Le porno est soumis à un matraquage fiscal ubuesque. Les salles sont taxées à 33 % de TVA. Les fameux 12 % qui allaient au CNC ne sont plus reversés aux producteurs mais vont dans un pot commun. Ils sont redistribués à des cours métrages ou des longs métrages classiques.

Malins, les producteurs détournent la loi. A la censure, ils présentent des copies soft de films interdits au – 18 ans et montrent en salle les versions hard.

Ce petit jeu va durer 7 ans.


Clap de fin pour le porno au cinéma


En 1982, les distributeurs, ulcérés, réagissent contre ces films qui font plus d’entrées que ceux qu’ils diffusent. Mitterrand envoie les flics dans les salles. C’est le début de la fin.

La même année, ceux qui avaient combattu de façon véhémente l’adoption de cette loi X à l’Assemblée Nationale mettent en application ses dispositions avec une rigueur totalement policière.

L’âge d’or du X français s’achève.

De façon concomitante, 1982 voit les débuts de la VHS de salon.


Les cassettes ou VHS s'invitent à la maison


Phénomène inédit : l’amateur de porno n’est plus obligé d’aller au cinéma. Il peut se palucher dans son salon à l’abri des regards.

C’est un tournant historique : le X était fait pour la salle, avec l’ambition, la prétention et l’excuse de raconter des histoires, de faire du cinéma.

Désormais, le porno devient réellement masturbatoire.

Désossé de ces contraintes, le propos change profondément.


Porno public vs porno privé


La vraie révolution c’est que, pendant dix ans, ces images-là ont été des images publiques.

Aujourd’hui, ce sont des images privées que vous voyez chez vous.

S’en est suivi un déclin esthétique qui fait dire que le cinéma pornographique a disparu du cinéma.


Pour la réalisatrice Catherine Breillat, qui conclut le documentaire, l’amour physique est une chose magnifique et transcendante de l’ordre du ravissement. A cet instant, le corps échappe au corps, devient le corps transparent. C’est ce ravissement qui est filmé et en cela il n’a rien de pornographique. C’est cela que l’on a cherché à empêcher de filmer.


Désormais, le film X, film de la censure, est sans pensée, sans humain, sans transports, sans idée, sans idéal, car le sexe a un côté idéal.

« Nous sommes loin de l’époque libertaire que nous avons pu savourer. Nous ne nous rendions pas compte à l’époque de la liberté qui était la nôtre », concluent les cinéastes.

A réécouter sur France Culture




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