• nathaliegirauddesf

Micropénis : trouver l’amour de Soi

Comme amputé de sa virilité

« Micropénis » ou micro pénis sexe masculin ayant une taille comprise entre 2 et 3 cm au repos et moins de 7 cm en érection. Cette “mâle-formation” concerne environ 1 % des hommes.

C’est le cas de « Mike », jeune australien de 33 ans, dont l’histoire m’a particulièrement touchée. Je l’ai découverte dans un ancien « Daily Mail » après avoir écrit mon article sur le tableau de Donald Trump nu avec sa “small dick” et après avoir reçu en consultation un homme confronté à l’amputation d’une partie de son sexe.


“Make America Great Again” d’Illma Gore


Je reviendrai une autre fois sur le cas de ce client, mais celui du jeune « Mike » est emblématique des ravages psychologiques occasionnés par le rejet de son sexe tel qu’il est d’abord par les autres – d’où découle sa honte – puis par lui-même.

Désespéré, le jeune australien a en effet hypothéqué sa maison pour financer ses opérations successives. Les deux premières interventions l’ayant laissé insatisfait, il en projette une 3e pour augmenter la taille et l’épaisseur de son micro sexe. Coût total : plus de 100 000 $.

Au-delà du montant astronomique des sommes engagées, c’est ce que raconte le combat de cet homme pour rentrer dans la “norme” qui m’a interpellée.

L’impossibilité d’aimer

Maltraité à l’école, « Mike » s’avoue incapable d’entretenir des relations amicales et entrer en contact avec autrui est pour lui problématique. Ayant connu des épisodes dépressifs, il a une image très dévalorisée de lui-même. Au-delà, c’est aussi toute la relation amoureuse qui est évitée.

Pour le jeune australien, la souffrance psychologique est telle qu’il “avoue” n’avoir eu que 2 relations sexuelles. Se sentant incapable de parler aux femmes de son handicap, il ne peut pas avoir des relations suivies.

Ce n’est qu’à 24 ans qu’il perd sa virginité avec sa petite amie d’alors. De cette première expérience, il garde un goût amer, frustré de n’avoir pu faire ou expérimenter un grand nombre de choses. Ce n’est que 6 ans après qu’il aura une nouvelle relation sexuelle.

Vivant et travaillant dans un univers essentiellement masculin depuis toujours, cette stratégie d’évitement des femmes marche puisque les chances d’en rencontrer sont très peu nombreuses. De façon inconsciente, il se protège d’un espoir de relation qui pourrait être déçu voire le mettre en danger une fois sa mise à nu…

Un manque de bienveillance pour les hommes dotés d’un micropénis

Revenant sur son passé, le jeune homme analyse que la peur de se montrer nu l’a empêché de pratiquer des sports comme le football, par exemple. Le cauchemar des vestiaires et de la douche commune lui ont été épargnés.

Quant à parler de son cas, c’est encore un Himalaya à franchir. Les conversations deviennent vite obscènes remarque-t-il. Il n’y a pas de bienveillance à l’égard des hommes dotés d’un micro pénis.

Dans une société préoccupée de performances, de normes et de normalité, la pression qui s’exerce sur les hommes est devenue insupportable. Au même titre que celle qui s’exerce sur les (jeunes) femmes d’ailleurs. Celles-ci se voyant imposés des diktats de maigreur comme l’espace entre le haut des cuisses (le fameux « thigh gap ») ou le « bikini bridge » (« pont du bikini »), qui est la distance entre le slip de bain et le bas du ventre provoqué par les hanches qui ressortent !

Les pédiatres (australiens) font peu de cas de cette question regrette-t-il, et les traitements hormonaux ne sont pas toujours mis en œuvre en temps opportun quand ils sont possibles.

Se référant à son cas, il reproche aux femmes pédiatres une légèreté aux conséquences dévastatrices.

Autre sujet d’angoisse, trouver un bon chirurgien pour l’opération. « Mike » raconte son parcours du combattant et sa crainte du charlatan.

C’est pour cela qu’il offre aujourd’hui son aide et sa sympathie aux hommes dans son cas, les encourageant à s’accrocher. Et leur conseillant d’envisager l’opération ou la thérapie.

Taille du sexe et plaisir : une mauvaise équation?

La conclusion de cet article du Daily Mail revient au psychologue Geoffrey Paul. De façon pertinente, il analyse qu’au moment de l’adolescence, nos sociétés mettent trop souvent en valeur le développement physique des garçons. Comme si elles palliaient ainsi à l’absence d’autres rites de passages.

Autrefois la chasse ou l’apprentissage de compétences constituaient l’étape obligée vers l’âge d’homme et la virilité.

Aujourd’hui, plus rien ne permet aux jeunes garçons de se mesurer… sauf la taille de leur sexe ! Et j’ajouterai, seul étalon en vigueur dans les films porno, source référente en matière d’une sexualité masculine adolescente et essentiellement pénétrante.

Et avec cette question de p#### tain de taille, surgit the big interrogation : « suis-je suffisamment un homme ? ». Or, la relation au nombre de centimètres n’est absolument pas pertinente ! Ne serait-ce que par les variations importantes qui existent au début de la puberté.

Non, comme je l’ai dit dans mon atelier “Plaisir masculin”, la taille du sexe masculin ne limite pas en soi la masturbation, l’érection, l’éjaculation, l’orgasme, le plaisir, les jeux de bouche, de main, de sexe, les caresses. Pour en savoir plus,  lisez donc le reportage illustré de de Secrets de Coquine

Oui, si la taille du sexe (trop grand ou trop petit par rapport à celle du vagin) limite certaines pratiques sexuelles, elle encourage surtout à la l’inventivité, la créativité pour trouver un chemin vers une sexualité autre que celle “normée” de la pénétration …

Retrouver la confiance

Pour aider les hommes à recouvrer leur statut d’homme à part entière, pour dépasser les questions de taille de sexe, ils doivent d’abord recouvrer la confiance en eux. Cela commence par écouter toutes leurs voix critiques intérieures, à comprendre leurs mécanismes de protection de leur système, pour se réconcilier avec leur sexe, le traiter avec égard, respect, compassion, bienveillance.

Un soutien psychologique est souvent nécessaire pour entamer un dialogue entre cette part d’eux ignorée et rejetée par l’homme lui-même. Puis, en dernier recours, l’opération peut être envisagée. Jamais comme un préalable.

Et sur leur chemin vers plus d’eux-mêmes, se trouve la possibilité de rencontrer l’Autre, de s’ouvrir à l’Amour … D’être accompagné d’un(e) partenaire digne de ce nom, bienveillant(e) et aimant(e).

Photo: image extrait d’un tableau de Michel-Ange : La tentation d’Adam et Eve

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Nathalie Giraud Desforges

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