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Odeurs fortes

C’était dans une chronique du Monde de Jean-Michel Dumay, un vieux numéro pas encore lu (l’avantage qu’il y a à de laisser traîner un quotidien est de pouvoir ensuite aller directement à l’essentiel, les informations se démodent si vite….).

C’est donc dans une chronique sur les odeurs que j’ai relevé cette étonnante réflexion d’un philosophe, Marcel Gauchet, certes connu pour n’avoir ni sa langue ni sa plume dans sa poche et n’être pas follement optimiste : “les gens ne peuvent plus se sentir […] nous entrons dans un monde où les gens sont destinés à se supporter très mal les uns les autres“, évitant les contacts dans un espace aseptisé, sans odeurs. Evidemment, il y a un contexte et, curieusement, celui-ci tournait autour d ‘Internet et du profil sociologique des e-bayeurs, ceux qui troquent sur e-machin. Saisissant raccourci.

En fait, à la suite d’une étude commandée par le site lui-même, un chercheur a conclu (j’en viens au sujet qui m’intéresse), que la rencontre (physique) entre internautes échangeurs est (du coup) “un moment de sensorialité intense, notamment dans le contact olfactif“.

Ce qui m’a fait penser aux sites comme Meetic qui ont oblitéré cette fonction essentielle de la rencontre : se renifler enfin le derrière.

Mais Internet, poursuit le journaliste, quittant la pensée grise de Gauchet pour s’attarder à celle de Pascal Lardelier, prof. des sciences de l’information, serait justement le lieu où se recréeraient les rapports sociaux sous une forme nouvelle. Car dit-il: “une relation n’est plus aujourd’hui seulement un face-à-face mais le lieu d’une rencontre qui peut se passer de visage, de présence et d’odeurs. Auparavant, la relation se fondait sur la rencontre des corps [..] et c’est alors que tout commençait. La Toile permet de faire les choses à l’envers puisqu’on se découvre d’abord de l’intérieur

Les inconnus tombent intimes avant de se connaître” conclut Jean-Michel Dumay,” l’amour, tout au moins dans ses prémices, n’a plus ni parfum ni odeurs“.

Voilà, c’est exactement ça, bientôt en surfant sur les sites de charme, nous aurons des odeurs de culs et de dessous de bras, et nous vivrons en odorama (c’est vrai, c’est à l’étude…). Après ça, la rencontre aura un goût de déjà vu car l’essentiel aura été senti. Triste, vous ne trouvez pas ?

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Nathalie Giraud Desforges

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